Saint-Paul: l’énigme de la tombe du pirate

Pirates de la Réunion

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« Pendez-le haut et court ! » Le 7 juillet 1730, Olivier Vasseur, dit « La Buse », pirate de son état, passe de vie à trépas sous les yeux de la populace. Sa tombe est un des monuments les plus visités de Saint-Paul. Petit problème: ce n’est pas sa tombe ! Une enquête s’impose …



C’est bien connu, les pirates aiment les mystères. Ils adorent aller planquer leur trésor sous une grosse pierre, et ensuite faire une carte avec des petits dessins incompréhensibles et des indications du style « quarante pieds vers le Nord, puis tournez à droite et faites vingt pas en arrière ».

La Buse, pirate de son état, emporte avec lui deux mystères, et non des moindres:
Le premier de ces mystère, c’est son trésor, justement. Il paraît qu’il avait un sacré magot. Et qu’il l’a bien planqué, même que personne n’arrive à le retrouver, même pas en 2010, en cette époque où la technologie et l’informatique permettent des tours de force que personne ne pouvait imaginer il y a cinq ans, soit une éternité. Ce trésor, nous en reparlerons un autre jour, il y a tant à en dire…

Concentrons-nous sur le deuxième mystère: celui de sa tombe.
Personne ne peut la rater, elle est juste en face de l’entrée du cimetière marin. Une croix gravée, authentique, avec une tête de mort, oui oui, la domine fièrement. Le visiteur se retrouve immédiatement transporté dans les temps romantiques où les trois-mâts mouillaient dans la « Baie du meilleur ancrage », tandis que Surcouf écrivait sa légende dans les eaux des Mascareignes. Des temps où déambulaient dans les rues de Saint-Paul des flibustiers à la jambe de bois, mousquet à la ceinture et bandeau sur l’oeil.

Il y a bien longtemps que les historiens ne croient pas trop à l’authenticité de cette tombe. La seule indication historique est qu’après sa mort par pendaison, son corps a été exposé au bord de mer. Drôle d’exposition.

Les historiens ont reconstitué l’histoire de cette tombe, qui comporte deux incongruités:
-Tout d’abord, la croix à tête de mort n’a été découverte que récemment (en 1944 quand même), dans les sables proches du cimetières, suite au passage d’un cyclone ayant bouleversé les lieux. Monsieur Ignace de Villèle décide d’aller l’installer dans le cimetière, près d’une dalle anonyme. Anonyme, vraiment ? Pas tant que cela…
-Il y a quelques années, un petit groupe de personnalités et d’employés communaux décide… de retourner la dalle de la tombe. Stupéfaits, ils découvrent alors … Le trésor ? Non , vous n’y êtes pas. Ils découvrent une inscription gravée sur la face cachée. Le plan du trésor ? Mais arrêtez donc avec ce trésor, puisqu’on vous dit qu’on ne sait pas où il se trouve. Non, l’inscription gravée dit ceci:
« A la mémoire de Delphine Elode, née à Sainte-Marie le 7 août 1809, décédée à Saint-Paul le 13 mai 1836. Sa bonne conduite, ses bons sentiments, son affection pour ses maîtres lui valurent la liberté et ce faible témoignage de leurs regrets ».

Une inscription bouleversante

Cette inscription prouve que la tombe de La Buse n’est qu’une fausse tombe, assemblée comme un puzzle au cours des siècles et des fantaisies des hommes.
Mais elle est surtout bouleversante, parce qu’elle raconte une histoire bien plus belle que la légende du pirate: Delphine Elode était ce qu’on appelait à cette époque une « esclave ». Une esclave qui aimait ses maîtres, lesquels avaient eux aussi de l’affection pour Delphine. Au point de l’affranchir, c’est-à-dire de lui accorder la liberté et de lui permettre de vivre comme une personne « libre ». Et à sa mort, de l’enterrer dignement, de faire graver un remerciement sur sa pierre tombale et de considérer cet acte comme « un faible témoignage de leurs regrets ».

Si on y réfléchit bien, cette inscription a dû déranger certains bien-pensants, au point qu’elle a fini par être cachée, retournée, oubliée.
Il serait peut-être judicieux de remettre cette dalle à l’endroit et de lui donner toute la place qu’elle mérite.

Quant à la tombe de la Buse, elle continuera encore probablement longtemps à donner au touriste de passage un petit frisson d’aventure, et à lui rappeler que L’Isle Bourbon, bien que relativement jeune, a une histoire passionnante et digne des romans de Stevenson.

URL courte: http://www.t-shirt-reunion.com/?p=885

Posté par le mercredi 08 septembre 2010 à 14:51. inséré dans Galerie photo, histoire, Le site. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

1 Commentaire pour “Saint-Paul: l’énigme de la tombe du pirate”

  1. HELAUDAIS Jean Pierre

    Qui pourrait me donner plus de renseignement sur Delphine Elode ou bien me dire ou je pourrais trouver de plus amples renseignement, en effet nous avons phonétiquement le même nom.Peut-être ces maîtres (car parfois les esclaves en portaient le nom) étaient de mes ancêtres
    d’avance merci
    JP HELAUDAIS

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